VANUATU L'île de Pentecôte fait partie d'un archipel de 80 îles qui constituent Vanuatu. A l'extrémité sud de l'île, une région très accidentée et retirée, se trouvent les villages qui parlent le saa. De nombreux autres villages traditionnels sont éparpillés tout au long de cet archipel de 724 km, mais les Saa sont particulièrement isolés. Ils ont l'impression d'être vraiment au bout du monde. Le paysage de leurs terres reculées, qui ne sont accessibles qu'en bateau depuis la mer ou par des pistes difficiles à travers la jungle, allie de manière splendide une mer bleue et des montagnes abruptes, des forêts vertes et du sable doré.
La nature y paraît clémente. Les poissons grouillent sur les récifs de corail et différents fruits poussent facilement dans la riche terre volcanique de leurs jardins. Mais dans ce paradis apparent, on trouve aussi la nature la plus turbulente. Pendant les mois d'été chauds et humides qui vont de novembre à avril, des cyclones peuvent raser forêts et villages; des volcans peuvent faire éruption et des tremblements de terre peuvent soudain faire trembler les montagnes ou, s'ils se produisent sous la mer, déclencher des tsunamis qui balaieront leurs côtes.
Un tremblement de terre et un tsunami
Le 27 novembre 1999 c'était un samedi l'île de Pentecôte et ses voisines, Ambrym et Paama, ont été victimes d'un tremblement de terre d'une intensité de 7,1 sur l'échelle de Richter. Sur la seule île de Pentecôte, 12 personnes ont été tuées et un millier d'autres ont été directement affectées par la catastrophe. Le tsunami que le tremblement de terre a déclenché dans la mer au sud de Pentecôte a entièrement détruit l'un des villages saa.
Par la suite, le dernier jour du millénaire, les Saa ont érigé une pierre commémorative, « la pierre de tout ce qui a été », afin de remercier Dieu pour le passé et pour avoir protégé un si grand nombre d'entre eux d'une mort violente. Le lendemain, ils en ont érigé une autre, «la pierre de tout ce qui sera ». Ils avaient de nombreux rêves et espoirs pour la santé et le bien-être de leur communauté dans le nouveau millénaire pour lequel Dieu les avait sauvés ; mais ils souhaitaient par-dessus tout avoir la Bible en saa.
Tout comme le peuple saa, la langue saa est marquée par son isolement. Totalement différente des langues parlées ailleurs sur Pentecôte et les îles voisines, elle n'avait jamais été écrite. L'Évangile avait été apporté il y a bien longtemps sur Pentecôte, mais les traducteurs missionnaires s'étaient concentrés sur les villages plus accessibles et les linguistes avaient ignoré le saa pour favoriser d'autres langues. Après tout, les nombreuses langues de Vanuatu offraient un choix déroutant: en effet, selon la revue Ethnologue (www.ethnologue.com) publiée par la SIL, 109 langues sont actuellement parlées par les quelque 180 000 habitants de Vanuatu.
Pas leur propre langue
Pendant des générations, les Saa s'étaient débrouillés avec des bibles en anglais qu'ils pouvaient à peine comprendre. Ils avaient récemment été aidés par la publication de la Bible en bislama, la lingua franca créole de la région qui est aussi leur deuxième langue, mais ce n'était toujours pas leur propre langue. Ce n'était pas dans cette langue qu'ils priaient, qu'ils parlaient chez eux ou dans leur village : ils voulaient donc une Bible en saa.
« C'est comme si nous étions un coin oublié du monde », a un jour déclaré Ata Olul, l'un des chrétiens saa qui ont plus tard été choisis comme traducteurs.
Début 2000, je donnais un atelier de traduction pour les traducteurs de la Bible en raga, dans le nord de Pentecôte, lorsque des responsables saa ont fait le voyage pour venir me voir. Ils m'ont demandé de les aider à commencer à traduire la Bible en saa. Leur demande m'a à la fois ému et interpellé. La Société biblique du Pacifique Sud (SBPS) m'a encouragé à l'examiner et l'ABU a accepté que j'ajoute le projet saa sur ma liste. C'est ainsi que, quelques mois plus tard, j'ai été accueilli chaleureusement dans le village saa de Wanurr.
Une expérience intimidante
J'ai trouvé l'expérience un peu intimidante mais également passionnante. Je fais partie des rares conseillers en traduction qui ont concentré la majeure partie de leurs études et de leurs recherches pour leur doctorat sur la linguistique plutôt que sur les études bibliques. Ici, j'avais enfin l'occasion de mettre une langue par écrit pour la première fois ! Il arrive que les linguistes soient un peu impressionnés par leurs éminents collègues, avec leur connaissance approfondie des textes hébreu et grec et leur exégèse instantanée de passages difficiles et controversés, mais parfois parfois seulement nous avons la chance de prouver notre valeur et les mérites de notre discipline plus modeste. Le travail a donc commencé. Les linguistes de l'Université du Pacifique Sud ont été heureux de participer à la création de l'« orthographe » saa (comprenant en réalité l'alphabet et l'orthographe). Étonnamment rapidement, la langue écrite a commencé à prendre forme. Le saa comporte de nombreux sons de voyelles, et les Saa ont choisi de les distinguer au moyen d'accents. Depuis l'époque coloniale, les habitants de Vanuatu sont divisés entre ceux qui sont influencés par l'anglais et ceux qui le sont par le français. Ceux qui sont influencés par l'anglais préfèrent écrire leurs langues indigènes sans accents, tandis que ceux qui ont un passé colonial français considèrent qu'il faut qu'il y ait des accents partout ! Le saa comporte donc des mots tels que «lêôna» et «môômnê ». Les linguistes trouvent évidemment ce genre de choses passionnant !
L'Église a choisi l'équipe de traduction et les traducteurs ont commencé leur travail par l'Évangile de Marc, avant même que l'orthographe ait été complètement finalisée. C'était des gens qui vivaient de la cueillette et de leur potager dans la jungle. Ils n'avaient pas fait d'études mais leur engagement et leur enthousiasme compensaient cette absence de formation. Ils ont travaillé bénévolement, le soir à la lumière du feu, ou en trouvant une journée par-ci par-là lorsqu'ils ne devaient pas s'occuper de leur potager, pêcher ou prendre soin de leurs familles. Parfois, les conditions climatiques leur étaient hostiles : les cyclones détruisaient leurs récoltes et leurs habitations ; les maisons devaient être reconstruites et les potagers replantés. Mais, à chaque fois qu'ils trouvaient un peu de temps, la traduction se poursuivait.
Précieux
L'Évangile de Marc est désormais terminé et l'équipe de traduction travaille lentement mais régulièrement sur Luc. Le précieux manuscrit de Marc se trouve à la SBPS à Suva où il est préparé pour être publié. Avant la fin de cette année, les Saa tiendront cette nouvelle publication dans leurs mains. L 'histoire de Jésus, qu'ils connaissent et aiment déjà, sera enfin entendue dans la langue magnifique des Saa, dans leurs villages reculés du bout du monde.
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