ÉTATS-UNIS La première fois que Jorge Roque est entré dans l'église de son oncle au Kansas, ses vêtements qui montraient, chez lui à Chicago, son appartenance à un gang le firent remarquer comme un néon dans une rue obscure. Mais l'assemblée ne s'est pas arrêtée à son crâne rasé, à son sweat-shirt à capuche, à son pantalon aux jambes coupées et à ses chaussettes au genou, et elle a accepté le jeune homme en dépit de son allure tapageuse.
« C'est ce qui m'a frappé, raconte-t-il. J'ai vu le Christ dans ces gens. »
Bien que ses parents aient travaillé dur pour lui donner, ainsi qu'à ses deux frères cadets et à sa sur, une maison confortable, Jorge avait déjà rejoint un gang à l'âge de 14 ans, le Two Six Nation du quartier du Little Village de Chicago, une « petite ville au sein de la ville » pour les Mexico-Américains.
Se faire accepter
Comme de nombreux adolescents, il cherchait à se faire accepter dans la rue, ses modèles étant les petits escrocs qui s'étaient fait un nom dans le quartier en se battant, en faisant de l'argent, en conduisant des voitures voyantes et en s'affichant avec des femmes.
Les membres du gang Two-Six Nation lui apportaient l'attention et le soutien qu'il pensait ne pas pouvoir demander à ses parents qui travaillaient si dur.
« Le gang est devenu comme ma deuxième famille, explique-t-il. Nous parlions de tout. » Peu de temps après le début de sa première année de lycée il avait alors 15 ans , il a été exclu après avoir jeté un membre d'un gang rival d'une fenêtre du premier étage.
Mais, peu de temps après, à la suite d'un rêve fait par sa mère et ayant lui-même frôlé la mort, la vie de Jorge a changé de direction.
Un vendredi soir, après avoir vu en rêve son fils dans un cercueil, la mère de Jorge l'a supplié de ne pas sortir- en vain. Quelques heures plus tard, alors qu'il marchait seul dans la rue aux petites heures du matin, Jorge a vu une voiture pleine de garçons d'un gang rival le dépasser et il s'est mis à leur lancer des briques.
Dans la mesure où ils étaient bien plus nombreux que lui, ce n'était peut-être pas une idée très sage.
Jorge a été rattrapé lors de la poursuite qui s'en est suivie il a été coincé contre une barrière, le conducteur de la voiture brandissant un pistolet contre sa tête tandis que quelqu'un hurlait : « Tue-le ! Tue-le ! »
Un adolescent terrifié
Mais le tireur a regardé le visage de Jorge et lui a dit en riant : « Tu n'es qu'un bébé. » Et il avait raison, dans un sens. Quand ils l'ont libéré, l'adolescent, soulagé, terrifié et en larmes, est rentré chez lui en courant.
Inquiète pour sa sécurité, sa mère a décidé d'éloigner Jorge de Chicago et de l'envoyer passer quelque temps dans la ferme de son ongle au Kansas. Les immenses champs de blé et les ranches de bétail du Midwest ont créé un profond choc culturel pour l'apprenti gangster de Chicago. Et sous le strict régime de son ongle célibataire, Jorge a dû pour la première fois de sa vie cuisiner, faire le ménage et la lessive.
Un besoin spirituel
« C'était comme un camp militaire », nous dit-il.
Mais il y avait d'autres différences encore par rapport à sa vie à la maison. A Chicago, sa famille n'allait à l'église que pour les grandes fêtes religieuses. Au Kansas, son oncle l'emmenait à l'Église deux fois par semaine toutes les semaines.
En allant ainsi régulièrement à l'église, Jorge a fini par parler de son besoin spirituel à Jésus à lui dire qu'il aspirait à quelque chose de plus épanouissant qu'une vie de petit escroc.
A l'église, le 31 décembre, le garçon de 16 ans s'est avancé vers l'autel et s'est mis à pleurer. « Viens dans ma vie, Jésus, j'ai besoin de toi », a-t-il prié. Et, ce faisant, il a senti une paix et une joie venir l'habiter. Ses prières demandant à Dieu son pardon pour toute la violence dont il s'était rendu coupable ont duré pas moins de cinq heures.
Jorge est retourné à Chicago cinq mois plus tard, impatient de parler à sa famille de sa foi toute nouvelle. Mais il y avait également la question du gang. Il se demandait si, dans la mesure où il connaissait de l'intérieur leur histoire, leurs crimes et leurs relations, ils seraient prêts à le laisser partir. Mais il fallait les affronter.
Jorge est donc allé trouver les leaders du Two-Six et il leur a dit : « J'aimerais quitter le gang. » Ils ont finalement accepté de le laisser partir sans que cela ait de répercussions.
A l'époque où il était un membre actif du gang, il avait recruté près de 50 de ses amis d'enfance ; désormais, il voulait les en faire sortir, aussi a-t-il commencé à inviter à l'église les membres du gang.
Finalement, Gordon McLean, directeur du ministère auprès des jeunes délinquants au sein de l'association Jeunesse pour Christ (JPC) de Chicago, a demandé à Jorge son aide pour le ministère dans les prisons de JPC et pour quelques activités d'évangélisation. Fortifié par sa lecture de la Parole de Dieu, Jorge avait toujours avec lui des cartons de bibles à distribuer bibles que JPC avait obtenues de la Société biblique américaine (ABS). La version en anglais contemporain de l'ABS rendait la Bible particulièrement accessible aux jeunes qu'il rencontrait.
Par la suite, marié et père d'un fils et d'une fille, Jorge a travaillé à plein temps dans un garage en plus de son emploi à mi-temps avec JPC. Mais il voulait être davantage engagé dans un ministère.
Un jour, il a reçu un appel de la YMCA (Young Men's Christian Association). Kenny Ruiz, le directeur exécutif de la YMCA, a demandé à Jorge de rejoindre son équipe d'évangélisation. Ce dernier a accepté et, un an plus tard, il a été promu coordinateur du programme. Dans le cadre de ce programme, Jorge distribue le nouveau magazine de l'ABS, Elementz of Life 4 the Streets, qui, dit-il, parle au genre de personnes qu'il fréquentait avant qu'il se tourne vers son Sauveur.
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