CAMEROUN Un groupe de 35 hommes et femmes assistent à un séminaire de formation sur le sida à Yaoundé. Le séminaire présente la boîte à outils biblique de lABU Où est le Bon Samaritain aujourdhui ? qui est utilisée avec succès ailleurs en Afrique.
Selon les Eglises, ce matériel réussit à encourager les gens à aller au-delà de leurs préjugés par rapport aux personnes atteintes du sida, et à leur témoigner lamour du Christ. Konstanse Raen fait partie des représentants de lABU à ce séminaire. Cest à elle que lon doit toute lapproche du matériel Où est le Bon Samaritain aujourdhui ? La formatrice qui donne le cours est Béatrice Gangouap.
Dire que la Bible est au coeur de lenseignement de la boîte à outils Où est le Bon Samaritain aujourdhui ? nest pas un vain mot. Ce matériel est né de la prise de conscience par Konstanse Raen, directrice régionale de la Société biblique norvégienne, que lenseignement de Jésus dans lhistoire du Bon Samaritain sappliquait tout à fait au problème des préjugés contre les personnes atteintes du sida en Afrique.
Elle a alors écrit un livret, Où est le Bon Samaritain aujourdhui ?, qui combine des informations fondamentales sur le sida, des études de cas de linfection et des passages bibliques. Deux vidéos en ont été tirées, qui servent de point de départ aux discussions lune porte le même nom que le livret et lautre est intitulée Qui est responsable ? Lhistoire de Suzanne. La boîte à outils du Bon Samaritain comprend également une dizaine de posters illustrant les scènes du livret pour lenseignement et la discussion. |
Le groupe est constitué de pasteurs, de leurs épouses et de quelques étudiants en théologie. La plupart viennent du Cameroun, mais quelques-uns sont venus du Tchad, de République centrafricaine et du Nigeria. Certains ont suivi dautres formations sur le sida mais, et cest crucial, cest le premier qui tire de la Bible lenseignement sur ce sujet.
Au début, latmosphère paraît un peu tendue. Il est rare que des pasteurs se réunissent pour parler du sexe, du sida, et du danger de linfection mais cela est symptomatique du problème : les tabous sont lune des manières dont les préjugés se répandent.
En se présentant, plusieurs participants mentionnent quils ont perdu un membre de leur famille ou des membres de leur Église à cause du sida. Mais on rit aussi, ce qui aide tout le monde à se détendre.
Puis Béatrice présente le programme.
« Lobjectif de cette formation est de transmettre des attitudes, dit-elle. Le cadre du cours est lhistoire du Bon Samaritain telle que racontée par Jésus. Il faut que nous apprenions à connaître les voleurs sur la route pour éviter nous-mêmes le danger.
Mais nous devons aussi apprendre à être un Bon Samaritain pour les autres, apprendre à éviter de condamner ceux qui souffrent et au contraire à souffrir avec eux, à les entourer et à être compatissants. »
Son introduction terminée, elle fait répéter les grandes lignes à chacun des participants pour sassurer quils lont bien comprise. Puis elle présente le matériel et la méthode denseignement.
Approfondir
« Notre base est la Bible, et nous allons lutiliser, reprend-elle. Nous utiliserons également dautres textes, pour que nous puissions approfondir ce que dit la Bible. Nous lirons des récits de la Bible pour voir ce quelle peut nous enseigner dans une situation difficile. Ensemble, avec les séropositifs et avec ceux qui ne le sont pas, nous allons arrêter le sida !
« Vous avez compris, derrière ? »
« Oui ! » répondent-ils joyeusement et bien fort.
« Je ne vais pas parler sans arrêt, les prévient-elle. La méthode que nous utilisons pour cette formation consiste à faire participer chacun. Il y a des gens ici qui ont beaucoup à apporter. »
« Pouvons-nous rapporter une partie du matériel utilisé chez nous ? » demande un des élèves. Il a participé à un autre séminaire sur le sida où aucun matériel de suivi nétait proposé.
Beatrice le rassure.
« Oui, vous pouvez tout emporter chez vous. Nous espérons que vous formerez vos propres Églises ainsi que les habitants de vos villages, de vos quartiers. Vous pourrez commander tout le matériel supplémentaire dont vous aurez besoin auprès de la Société biblique. »
Pratique

photo: Société biblique norvégienne / Dag Smemo
Konstanse Raen, auteur de la boîte à outils sur le sida Où est le Bon Samaritain aujourdhui ?
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Les élèves approuvent de la tête. Cette formation ne sera manifestement pas « encore un autre séminaire pour responsables dÉglise », elle est pratique, avec des applications pour leur vie quotidienne et leur travail.
« Maintenant, jaimerais que vous ouvriez vos manuels », poursuit Béatrice. Un volontaire commence à lire lintroduction pendant que les autres élèves suivent dans leur propre manuel.
Puis une femme est désignée pour lire à voix haute lhistoire du Bon Samaritain. On reprend ensuite la lecture pendant quun groupe mime lhistoire. Les acteurs se montrent tous très enthousiastes en particulier les trois femmes qui interprètent les voleurs.
« Nous ne nous doutons pas toujours de ce qui pourrait nous arriver dans la vie, déclare Béatrice. Si nous en savions davantage, nous agirions probablement en conséquence, mais la vie est incontrôlable. »
Quelquun demande la permission de parler.
« Il y a tant de gens qui ne prennent pas cela suffisamment au sérieux, qui ignorent le problème, dit-il. Mais cest quelque chose dont nous devons tous nous préoccuper. Nous devons donner des formations comme celle-ci pour toucher les gens. Nous devons parler aux gens, nous ne pouvons pas abandonner ! »
Séropositif
Un cas détude tiré du manuel concerne un garçon qui devient séropositif au cours dun séjour dans la grande ville. La question posée est de savoir si sa famille devrait ou non laider.
Cela pousse Henri à se lever et à raconter une histoire similaire une histoire vraie. Son frère a quitté la maison pour travailler et il a attrapé le sida. Il a perdu son travail et il sest rapidement retrouvé sans argent pour se nourrir et se loger. Il a été abandonné par son entourage.
« Il vivait loin de nous, explique Henri, mais nous ne pouvions pas le laisser ainsi livré à lui-même, alors nous lavons ramené à la maison et nous lui avons donné laide dont il avait besoin. A chaque fois que nous sommes confrontés à quelque chose comme cela, il est de notre devoir de réagir. Quil sagisse de quelquun de notre famille, de notre école ou de notre Église, nous devons nous occuper de ces personnes. »
De nouveau, un groupe interprète lhistoire avec beaucoup de sensibilité. Le garçon séropositif reste assis, embarrassé et épuisé pendant que sa famille se demande si elle doit ou non laider. Son « père » joue particulièrement bien, se montrant déçu et en colère envers son fils parce quil sest mis dans une telle situation mais faisant preuve de peu de compréhension ou de compassion. A la fin, un parent prend le garçon chez lui, il le réconforte et lui apporte son aide.
Tout à coup, Konstanse se lève et reprend les participants. Leurs réponses sont trop convenables et pieuses, dit-elle. Elle veut quils soient plus concrets, plus authentiques dans leurs réactions.
« Il faut davantage que de lévangélisation ici, dit-elle. Vous mettez-vous à la place des victimes ? Êtes-vous prêts à les accompagner ? »
Une piqûre dinsecte
On discute ensuite de la manière dont le sida se transmet.
Tout le monde sait quil se transmet par les relations sexuelles, mais une morsure ou une piqûre dinsecte peut-elle être dangereuse ? Ou encore le sang sur la lame dun barbier ? Une infirmière est présente pour fournir des renseignements précis et dignes de foi. Il est essentiel que les participants reçoivent les bonnes réponses, à la fois pour leur permettre de ne pas être infectés et pour leur permettre de transmettre linformation.
Le cours ne ménage pas les participants. Ils sont là pour examiner la manière dont les gens considèrent le sida et, si nécessaire, pour la mettre en question. Lidée est quaucune question difficile ne sera évitée.
« Dieu a-t-il créé le sida ? demande Béatrice. Je veux des réponses de votre part, vous qui êtes pasteurs et étudiants. »
« La Bible dit que tout ce que Dieu a créé était bon, répond un étudiant courageusement. Alors le sida doit être loeuvre de lhomme en conséquence de la Chute. »
Béatrice demande encore : « Toutes les personnes infectées par le sida ont-elles commis un péché ? Et linfection est-elle une punition de Dieu ? » Elle ne laisse pas les théologiens sen sortir facilement, en particulier sur la question du Mal. Les questions difficiles continuent à fuser, mais les participants comprennent ce que lon attend deux et chacun tient à participer.
Un emploi prometteur
Au bout de trois heures, il est temps de faire une pause et de se restaurer. Ensuite, ils regardent une vidéo conçue spécialement pour la formation. Qui est responsable ?
Lhistoire de Suzanne raconte lhistoire dune étudiante africaine à qui lon propose un emploi prometteur dans un hôtel à létranger, et qui découvre quon la trompée et attirée dans la prostitution. Quand elle retourne chez elle, elle saperçoit quelle est séropositive. Le film, qui présente de nombreux personnages de lentourage de Suzanne, réussit très bien à susciter la discussion sur la question quil pose Qui est responsable ? et les participants réagissent de manière active.
Arrivés à la fin du séminaire, ils ont travaillé très dur et se sont débattus avec des sujets difficiles : on les a interpellés mais ils ont également osé poser leurs questions et exprimer leurs opinions, prenant ainsi le risque de sentendre dire quils ont tort.
Ces pasteurs, ces étudiants en théologie et leurs épouses ont découvert un enseignement biblique qui propose une attitude concrète bien éloignée de limpasse fatale souvent empruntée lorsquune victime du sida voit ses amis et sa famille traverser la rue et lignorer.
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